Philippe LEMOINE

                                                                                                          Mont K’i

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Liège, le 12/06/06

 

Lettre ouverte à  la Ministre des Affaires Sociales et son Ministre-Président :

DEVELOPPEMENT (http://txt.montki.com/asrw.doc)

 

 

1.      Explication quant au fond de la lettre

2.      Quelques pistes de solution

 

Explication quant au fond de la lettre

 

Pourquoi tant d’histoire vis-à-vis d’Yvon Henry, de ce que Jean-Michel Javeau qualifie de « mot malheureux » ?

Pour deux raisons.

La première, elle tombe sous le sens : Ce monsieur déclare publiquement refuser vouloir faire son job ! —Si un responsable de la police déclarait : « Nous ne voulons pas apporter protection et sécurité à ceux qui ont décidé d’être vulnérables » ou si un médecin d’un hôpital public déclarait : « Nous ne voulons pas apporter d’aide médicale à ceux qui ont décidé d’être malades », oui, cent fois oui, nous exigerions des sanctions ! Quand même la moindre des choses !

 

La seconde, c’est que cette phrase assassine, met précisément le doigt sur le mensonge majeur :  l’administration tente de faire croire que la personne subissant la toute grande précarité, le fait de son plein gré : ils aiment bien ça, prendre les pires malheurs en pleine tronche, à les entendre ! « Ils ont décidé de vivre dehors » ; « Ils refusent de chercher un logement » !

 

[Par exemple l’année passée, lorsque Mamard est mort, comment le Président, Claude Emonts s’en est-il sorti ? Eh bien, tout simplement, en déclarant dans la presse que si Mamard s’était présenté à l’abri de nuit, il y aurait été accueilli (sous-entendu : il ne s’y est pas présenté… parce qu’il a décidé de vivre dehors !) En réalité, les gens peuvent être abrité  à raison de 7 nuits par trimestre… Mamard les avait déjà utilisées en avril, et s’il s’était présenté à l’abri de nuit, au moment de sa mort, début mai, non, il n’y aurait pas été accueilli !]

 

La réalité est bien évidemment à l’opposé de cela : Tous sont des victimes subissant l’arbitraire et l’indifférence… Mais une fois que dans la tête de monsieur-tout-le-monde, c’est bien clair que « s’ils sont à la rue, c’est qu’ils le veulent bien », de là peuvent découler sans le moindre souci de conscience, toutes les incorrections, manquements, et autres violations de la loi… à ce point que maintenant, ils peuvent se permettre, en toute tranquillité, ce pas de plus : Un fonctionnaire de déclarer publiquement son refus de faire son travail !

 

Mais il ne subira aucune sanction, celui là… Et pourquoi ça ? Mais parce que les gens dont il s’occupe « ont décidé de vivre dehors » ! Donc, de quoi viendraient-ils se plaindre ? Si ça ne leur plait pas, ils n’ont qu’à prendre un logement, comme tout le monde ! —Et voilà, affaire classée !

 

Et vu le chantier, je pense que la prochaine fois, il se permettra d’encore aller un peu plus loin…  Il dira sans doute quelque chose dans le genre : « Ils ont décidé de vivre à la rue… Là, où le travail rend libre ! »

 

Quant aux politiques, Madame Vienne et Monsieur Di Rupo, comment vont-ils réagir ? Mais très simplement en se disant « Ecoute coleau, on n’a déjà pas le temps de s’occuper correctement de nos concitoyens, les gens honnêtes… tu crois quand même pas qu’on va en gaspiller, fût-ce une seule seconde, pour penser à ces gens qui ont décidé de vivre à la rue ! »

 

Et vu sous cet angle, c’est sûr qu’ils ont raison…

 

Sauf que : Un homme = Un homme.

 

Pour nous : Si ces gens ont eu nettement moins de chances que les autres, ce n’est pas une raison pour les accabler encore davantage en les privant de leurs droits les plus fondamentaux !

 

 

Piste de solutions

 

D’une façon toute générale, nous renvoyons vers le rapport général sur la pauvreté : des milliers de personnes ont travaillé pendant dix ans à réfléchir aux problèmes et nous n’aurons pas la prétention de nous croire plus malins que les autres !

 

Toutefois, nous souhaitons mettre l’accent sur la notion de « handicap social », qui est la clef du problème : Puisque les gens ne sont pas à la rue de leur propre choix, alors pourquoi ? Mais tout simplement parce qu’ils ne sont pas en mesure de faire face ! Nous vivons dans un monde de plus en plus dur, de plus en plus difficile… Dans leur cas, c’est tout simplement inaccessible !

 

Maintenant on leur impose ce soi-disant « contrat d’intégration » qui en vérité permet d’envoyer l’intéressé promener, avec des formules alambiquées, que j’ai toujours traduit comme suit : « L’intéressé refuse de sauter à pieds joint un mur de dix mètres de haut… Un refus de mettre une échelle à sa disposition lui sera alors notifié. » ; Il y a en outre ce fameux projet de loi « Aide contrainte » qui repose toujours sur le même mensonge : Ils ont tellement décidé de vivre à la rue qu’ils refusent toute aide… à les entendre ! Non ! Ce n’est pas l’aide qui est refusée, c’est la haine.  C’est les brimades.  Et même quand ils sont « gentils », il y a toujours ce ton, là, réservé d’habitude aux tout petits enfants ou aux personnes séniles qui font que, d’une manière ou d’une autre l’humiliation est permanente. Ils disent qu’ils veulent pousser la personne à s’intégrer… En réalité, tout le travail consiste à chasser les gens, à les décourager de venir.

 

Pour nous LA solution serait ceci : des bâtiments équipés comme des homes (avec cuisine, pièces communes, services sanitaires) une chambre, même petite, mais chauffée pour chacun. Les trois repas compris + les soins médicaux.

 

Ces gens ont droit à 600€/mois…  Qu’on leur prélève 400€ pour la pension complète et qu’on leur laisse 200€ d’argent de poche.

Ça c’est de la politique sociale socialiste : Régler le problème des gens !

Réellement, avec cœur et intelligence !

 

Ici, la  possibilité est offerte de régler 4 types de problèmes :

 

1.      Le problème des sans-abri, les premiers concernés…

2.      Celui de l’administration qui remplit alors correctement son devoir…

3.      Pour gérer ces maisons sociales, il faut du personnel… La manœuvre offrira donc de l’emploi à des gens qui pour l’heure sont au chômage…

4.      S’ils sont malins, ils vont construire leurs maisons sociales dans des bâtiments à l’abandon mais restaurables  (pour Liège, à titre informatif, depuis que l’unif a déménagé, il y a tous ces bâtiments, là, au Val Benoît qui sont à l’abandon) de l’emploi créé, de nouveau : les hommes de métier qui vont retaper les lieux… Et donc, quatrième problème de réglé : celui des bâtiments pour l’heure abandonnés qui retrouvent la vie.

 

Ça, c’est du vrai boulot ! Du moins pour qui souhaite régler les problèmes…  

 

Et donc, en attendant que ces « maisons sociales » soient créées et fonctionnelles : renforcer les abris de nuit locaux pour pouvoir parer à l’urgence. A Liège,  par exemple, je pense qu’on devrait pouvoir mettre trois ou quatre cent lits aux Casernes Saint Laurent, sans le moindre souci.

 

[Et pour empêcher que tous les SDF de Belgique ne se ruent dans les premiers abris de nuit « élargis » (on suppose que toutes les villes ne se mettront pas toutes en ordre en même temps) il faut tout simplement calquer le fonctionnement  des abris sur le mode des « maisons médicales » (si je veux aller à la maison médicale, c’est celle qui dépend de mon domicile, sauf dans le cas de regroupement familial, et pas une autre) ; Ici, on peut décider que dans un premier temps, l’intéressé doit se rendre à l’abri de nuit qui dépend du CPAS où il est déjà inscrit… Et attendre que les abris soient réellement en place dans les villes du pays, avant de permettre les déplacements.  On suppose, en effet que des personnes soient SDF dans telle ville pour des raisons pratiques… Alors qu’en réalité, c’est dans telle autre ville qu’elles auraient le plus de chance de s’intégrer : un déplacement doit alors être possible. Mais dans un second temps seulement. D’abord l’urgence : abriter les gens là où ils se trouvent.]

 

Sauf qu’ici, la seule question que ces braves gens se posent, c’est : « Comment faire pour qu’il n’y ait plus tous ces sales clochards, là, qui polluent la ville ? » Eh bien tout simplement en les décourageant de rester ! —Qu’ils aillent donc dans une autre ville ! » Sur le mode « politique responsable » enfin, qui leur est si cher !

 

[Sans oublier naturellement, de joindre l’utile à l’agréable : Pour l’heure, ils ont trop besoin de l’argent des pauvres pour renflouer les caisses communales suite à leur gestion… de nature à faire sourire Reynders même quand il dort !

 

Il serait intéressant (un exemple parmi d’autres) de calculer combien l’Etat leur a donné dans le cadre de la loi du 04/09/2002 (Fonds Vande Lanotte) prévu pour payer les factures énergétiques des gens… Et combien d’argent, effectivement, a été utilisé à bon escient ? Et à quoi a servi tout le reste ?

 

(Voir pour infos complémentaires,  ces conclusions devant le tribunal du travail)

 

À mon sens, il n’y a qu’une seule différences entre les affaires à Charleroi et les affaires à Liège : à Charleroi, les gens ont détourné l’argent public vers leur propre poche… Ici à Liège, l’argent est détourné vers d’autres caisses communales.

 

Mais… puisque cet argent est quotidiennement volé à ces gens qui, s’ils sont dans cette situation, « c’est qu’ils le veulent bien »… Non, pour la société, ce n’est pas un problème… Force en tout cas de le constater.]

 

Autrement dit, avant d’apporter les solutions matérielles, c’est la mentalité qui doit changer : il ne sert à rien de mettre en place les structures ad hoc, si quand les gens y vont, ils sont traités moins bien que les animaux !

 

Je pense, avec ce courrier, avoir été relativement complet (il me reste à définir dans le détail, cette notion de « handicap social ») mais enfin disons pour conclure en un mot : NON à la criminalisation de la pauvreté ! OUI à la compassion.

 

Pour le Mont K’i,

Phil Lemoine